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La Croix des Assassins
Sortie le 5 juin 2008

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Dernière mise à jour

le 17/07/08
Carnet de voyage à Salvador de Bahia
Episode 1

Le frère de sang

La statue de la liberté,
monument d'inspiration maçonnique


A priori, voir de l'ésotérisme dans la statue de la Liberté peut sembler insolite, et pourtant ... Il suffit de faire un tour sur le Net en tapant les mots clés franc-maçon et statue de la Liberté, surtout en anglais, pour tomber sur des sites «conspirationnistes» assez prolixes. La statue serait censée représenter la déesse Ishtar, la grande prostituée de Babylone, ou encore une sorte de Lucifer au féminin, bâtie dans le but de remplacer le Christ. Pour nourrir ces thèses pour le moins farfelues, leurs auteurs se basent sur le fait que Frédéric Auguste Bartholdi appartenait à la franc-maçonnerie et que cette dernière a joué un grand rôle dans l'édification de la statue, en France et aux États-Unis. Pour ces adeptes du grand complot qui voient dans la franc-maçonnerie un pouvoir tentaculaire et omnipotent, le pas est vite franchi et la pauvre dame de New York devient l'archétype du mal...
Qu'en est-il exactement, si l'on se réfère à des sources plus sérieuses? Dans leur très documenté ouvrage La Statue de la Liberté, le livre du centenaire, les auteurs, Christian Blanchet et Bertrand Dard, attestent d'une influence maçonnique certaine: "Directement ou indirectement présentes tout au long de la genèse de la statue de la Liberté, puis au cours des cérémonies qui lui sont consacrées - notamment celle de la pose de la première pierre du piédestal à New York -, les loges et la franc-maçonnerie l'ont très fortement marquée par leur symbolique.

En effet, la couverture de la revue Le Franc Maçon, fondée en 1847, montre une femme levant le "flambeau non la torche", tenant à la main gauche les rouleaux dépliés de la Loi (... ) Répondant moins à la mode et au goût du siècle qu'il n'y paraît à première vue, Bartholdi est partagé entre son attirance viscérale pour les valeurs antiques et ses découvertes intellectuelles en matière ésotérique. » Ça ne veut pas dire pour autant que les maçons aient tenu la main de Bartholdi, qui reste à ce jour le créateur incontesté de son oeuvre.
Nous avons retrouvé dans la bibliothèque du Grand Orient de France trois gravures, dont deux sont reproduites dans ce roman.
Elles représentent une femme levant le bras et tenant pour l'une, un miroir, pour l'autre, un flambeau;
elles illustrent respectivement un manuel de franc-maçonnerie et une revue interne à destination des frères, bien des années avant la construction de la statue. Il faut remonter à l'époque romaine pour retrouver une statue de Junon assise avec une torche levée au-dessus d'elle.

Nous avons également retrouvé deux textes qui éclairent un peu plus l'engagement maçonnique de Bartholdi. Le premier date de décembre 1945. Il est tiré de la revue interne maçonnique Le Symbolisme, rédigé par le frère Lantoine Albert et intitulé : « Bartholdi et la FrancMaçonnerie ». On y apprend que le sculpteur a été reçu à la loge Alsace-Lorraine le 14 octobre 1875 en même temps que Chatrian (du célèbre duo d'écrivains Erckmann-Chatrian).Cette loge était composée d'hommes politiques puissants,d'ingénieurs, d'intellectuels et d'artistes, tous réunis par le patriotisme, et, comme on dirait aujourd'hui, américanophiles. On y trouvait Savorgnan de Brazza gouverneur du Congo, le fameux ministre Jules Ferry, Adolphe Crémieux, Alfred Koechlin.
Pour la petite histoire, le procès-verbal de la remise de la statue de la France aux États-Unis est signé de Jules Ferry, alors ministre des Affaires étrangères. L'auteur du texte va plus loin: « On devine avec quelle joie, la loge accueillit - et seconda - la création d'un Comité franco-américain qui se proposait de contribuer aux fêtes du centenaire de l'indépendance des États-Unis par un don d'une magnificence exceptionnelle (... ) la loge voyait aussi dans ce don un symbole de la libération vers laquelle devaient tendre les provinces asservies. »

D'autre part, il existe sous la cote 55071, un recueil des conférences prononcées à la loge Alsace-Lorraine datant de janvier 1891 et à l'intérieur un chapitre intitulé: La statue de Bartholdi éclairant le monde par le F. : Bartholdi. En tenues du 13 novembre 1884 et du 10 mars 1887. En fait, ce sont des notes prises lors de ces tenues. «C'est le 6 novembre 1875, dans un banquet qui réunit à l'hôtel du Louvre les sommités françaises et américaines, parmi lesquelles les descendants de La Fayette et de Rochambeau quefut constituée solennellement l'union franco-américaine. Le plan si grandiose que l'éminent sculpteur Bartholdi avait conçufut adopté d'enthousiasme et l'appel suivant fut aussitôt lancé dans les deux pays (. . .) elle représentera la Liberté éclairant le monde. » À lire aussi, Bartholdi de Robert Belot et Daniel Bermont, Perrin, 2004.

Bartholdi, qui l'avait rencontré des années auparavant, s'enthousiasme pour ce projet. L'idée de la statue de la Liberté est née. Bartholdi part aux États-Unis, avec les recommandations de Laboulaye. À New York, il découvre l'île de Bedloe. C'est l'illumination. « C'est sûrement ici que ma statue doit être érigée, ici où les hommes ont le premier aspect du Nouveau Monde, ici où la liberté jette un rayonnement entre les deux mondes. »

On sait que Bartholdi avait déjà eu l'idée d'une statue monumentale lors d'un séjour en Égypte, au moment de la construction du canal de Suez, en 1867. Une statue, de style égyptien, d'une femme brandissant une torche, intitulée « Le progrès apportant la lumière à l'Asie » qui aurait été mise à l'entrée du canal de Suez. Deux ans plus tard, le vice-roi d'Égypte jeta l'éponge en raison du prix trop élevé à payer. Bartholdi rentre découragé et après bien des péripéties se rapproche d'Édouard René Lefebvre de Laboulaye, républicain libéral, membre de l'Institut, et grand admirateur des États-Unis et de son système.
Cet homme influent veut renforcer l'amitié entre les deux nations et milite depuis toujours pour que la France offre un cadeau pour la sceller et qui marquerait les esprits. Il n'est pas le seul et réunit dans sa résidence de Glatigny un cercle d'amis puissants où l'on retrouve les descendants du marquis de La Fayette, de son compagnon d'armes, le marquis de Rochambeau, d'Henri Martin, tous francs-maçons.
Bartholdi, qui l'avait rencontré des années auparavant, s'enthousiasme pour ce projet.

L'idée de la statue de la Liberté est née. Bartholdi part aux États-Unis, avec les recommandations de Laboulaye. À New York, il découvre l'île de Bedloe. C'est l'illumination. « C'est sûrement ici que ma statue doit être érigée, ici où les hommes ont le premier aspect du Nouveau Monde, ici où la liberté jette un rayonnement entre les deux mondes. »
D'autre part, les maçons américains ne sont pas avares de renseignements sur leur rôle dans l'édification de la statue. Le député Grand Maître de la Grande Loge de New York, R.W. Robert C. Singer a fait une planche sur ce sujet: Masonry and the Statue of Liberty. Il y décrit en particulier la cérémonie de la cornerstone au moment des travaux du piédestal sur l'île de Bedloe. Il y avait dans le petit coffret: une copie de la Constitution américaine, vingt médailles de bronze des présidents, des copies de journaux de New York, un portrait de Bartholdi, un poème sur la statue et une liste des officiers de la Grande Loge. Pour la petite histoire, c'est le légendaire journaliste Pulitzer qui a aidé sur le plan médiatique à populariser la statue et qui a permis les levées de fonds pour financer le piédestal.