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La Croix des Assassins
Sortie le 5 juin 2008

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Dernière mise à jour

le 17/07/08
Carnet de voyage à Salvador de Bahia
Episode 1

Le frère de sang

Nicolas Flamel


D'innombrables légendes et récits courent sur la personne de Nicolas Flamel, à tel point qu'aucune encyclopédie, ni dictionnaire, ne parvient à donner une biographie cohérente du personnage. Bien au contraire, il semble qu'au fil des siècles, le mystère continue de s'épaissir. Un seul exemple parmi bien d’autres : le nombre de livres qu'il aurait laissés à la postérité ne cesse d'augmenter si l'on en juge par l'inflation de textes qui lui sont attribués sur les sites à vocation ésotérique du Net ... Sans d'ailleurs que personne s'en offusque, ni s'en préoccupe, comme si le cas Flamel, à la différence, par exemple, d'un Cagliostro, avait été définitivement abandonné aux occultistes de tout poil. À la vérité, Flamel, depuis presque six siècles, attend son biographe qui le rendra enfin à la vérité historique.
Toutefois, un romancier ne saurait se plaindre d'un tel personnage aux contours si flous qu'ils en deviennent poreux à l'imagination et dont l'existence, déjà légendaire de son vivant, est une trame merveilleuse pour tisser un destin romanesque. Voici donc une biographie élémentaire du sieur Nicolas Flamel avec toutes les réserves qui s'imposent pour une personne dont les dates de naissance comme de mort s'apparentent déjà à des points d'interrogation. Si l'on ignore l'année de naissance précise de notre héros, en revanche (presque) tous ses biographes s'accordent à le faire naître à Pontoise. De sa jeunesse, on ne sait rien, si ce n'est qu'on le retrouve apprenti copiste à Paris, dans la première moitié du XIVe siècle. Devenu maître, il ouvre boutique contre l'église Saint-Jacques-de-Ia-Boucherie, dans une rue dite des écrivains, détruite lors de la percée de la rue de Rivoli.
Toutefois, dans ce quartier, une rue Flamel et une rue Pernelle, situées à proximité, perpétuent le souvenir du maître des alchimistes.



Quant à l'église Saint-Jacques, il n'en reste qu'un jardin public et une tour du même nom, construite, elle, sous François 1er. On ne peut rien dire, non plus, de définitif sur le travail précis de Flamel. Copiste, au XIVe siècle, pouvait englober aussi bien la rédaction de livres de comptes et d'actes notariés que la calligraphie et l'enluminure de manuscrits précieux. Sans compter que Flamel, semble-t-il, dirigeait aussi une école d'écriture pour enfants ... On le voit déjà, en beaucoup de domaines, l'incertitude est plus que de rigueur

Peu de commentateurs, en revanche, doutent de l'existence de dame Pernelle, ni d'ailleurs de son caractère : elle est en effet invariablement présentée comme une épouse placide, deux fois veuve il est vrai, charitable, dévote et surtout, trait vraiment surprenant, jamais troublée par les aventures fabuleuses que connaîtra son mari. Une perle d'épouse donc, selon les convictions de l’époque, mais complètement effacée par la légende de son mari, et qui mourra discrètement le 11novembre 1397. Flamel, en hommage, lui éleva pour sépulture une pyramide, qui a fait rêver bien des ésotéristes, et où il grava des vers ... pour louer sa générosité envers les pauvres.

Ce couple de petit-bourgeois parisiens, décidément bien banal, n'aurait jamais dû en principe défrayer la chronique et passer à la postérité si, un beau jour, un étranger anonyme et famélique n'avait vendu à Nicolas un livre qui allait bouleverser sa vie.

De cet ouvrage, on ne connaît de certain que le titre, LeLivre d'Abraham le Juif, le nombre de pages: 21 feuillets, et qu'il était orné de dessins enluminés. Quant au contenu, il demeure inconnu, malgré les éditions que l'on en publie régulièrement ...
Toujours est-il que ce livre mystérieux, et plus particulièrement ses illustrations, eut sur Flamel une influence imprévue. Aussitôt, on le vit se passionner pour ce grimoire et tenter de le déchiffrer, convaincu qu'il recelait le secret de la transmutation des métaux en or pur. Cette recherche qui l'amena à se procurer tous les renseignements possibles sur « la vraye pratique de la noble science d'alkimie », selon ses propres mots, dura des années et n'eut aucun résultat. Flamel, malgré des études approfondies et des méditations soutenues, ne parvenait pas à forcer le sens du texte qui restait toujours aussi obscur.
Cette longue période fut sans doute une des plus inquiètes, de sa vie, d'autant que l'alchimie, même si les princes et les papes s'y adonnaient en secret, passait pour un art hérétique.

Une curiosité impie et une pratique démoniaque qui pouvaient conduire en Enfer. En ces temps troublés où la peste et les Anglais ravageaient à tour de rôle le royaume, l'inquiétude à propos de l'au-delà était une pensée de tous les instants, une obsession chronique. Et encore plus pour Flamel qui risquait peut-être le salut de son âme à mener ses recherches hermétiques.
C'est probablement ce doute lancinant qui le poussa à partir en pèlerinage pour Saint-Jacques-de-Compostelle. Le tombeau de l'apôtre Jacques était devenu, depuis la fin des croisades, le phare spirituel de tout l'Occident, le centre magnétique de la chrétienté. Les pèlerins, malgré les difficultés et les risques du voyage, s'y pressaient par milliers dans l'espoir de racheter ainsi leurs péchés. Pour Flamel, l'aventure avait un autre sens, il s'agissait de trouver une réponse à la question qui le hantait. Ainsi, en partant sur les chemins, les pages de son manuscrit cousues dans ses habits, il confiait sa quête à la Providence : si sa recherche n'était pas que le fruit du hasard et de son imagination, alors Dieu lui enverrait un signe, sinon ... Dieu, sommé par Flamel de répondre, prit néanmoins son temps po~r lui envoyer un messager. C'est dans une auberge pouilleuse du nord de l'Espagne, alors que Nicolas grelottait d'une mauvaise fièvre que le miracle se produisit. Le médecin, que l'aubergiste avait envoyé chercher, un Juif du nom de Canchès, se révéla un passionné d'alchimie. Un simple jeu de mots révéla à Flamel le savoir secret de ce médecin de campagne qui s'enthousiasma aussitôt pour le manuscrit du Livre d'Abraham.
Cette rencontre galvanisa Flamel qui décida de ramener avec lui à Paris ce nouvel adepte de L'Art Royal. Cette joie fut pourtant de courte durée, car, épuisé par le voyage, Canchès mourut à Orléans. Une perte cruelle pour le copiste qui, de nouveau, se retrouva seul, devant son manuscrit insondable. Toutefois, les longues heures passées à discuter avec son compagnon éphémère avaient eu sur sa pensée l'effet d'un levain favorable et, sitôt arrivé à Paris, il se constitua un laboratoire et commença ses expériences. Selon la tradition, il lui fallut des années pour passer, une à une, toutes les phases du processus alchimique, pour aboutir, le vingt-cinquième jour d'avril 1382, vers les cinq heures
Paul Lucas rapporte la conversation qu'il eut, en Turquie, avec Flamel… deux siècles après sa mort. Mieux encore, en 1761, Flamel, accompagné de sa femme et de leur fils, assista à une représentation de l'Opéra où il fut vu et reconnu par tous ...

De l'or à l'immortalité, le meilleur chemin est sans doute celui de la légende.
Il n'existe pas de véritable ouvrage d'historien sur la vie de Flamel où les affirmations des uns et des autres seraient passées au crible de la recherche rationnelle. En attendant ce travail, pourtant si nécessaire, le meilleur ouvrage est celui de Léo Larguie~mancier exigeant et poète subtil, qui, sous le titre "Le Faiseur d'or, Nicolas Flamel" (éd. J'ai lu), a sans doute réussi le portrait le plus juste de l'alchimiste le plus célèbre de tous les temps.