Dépêches


La Croix des Assassins
Sortie le 5 juin 2008

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Dernière mise à jour

le 17/07/08
Carnet de voyage à Salvador de Bahia
Episode 1

Dialogues

"Un enfant de Belphégor"



Le genre « polar ésotérique » n'est pas né avec le code Vinci, bien avant Dan Brown de nombreux auteurs s'y sont essayés (Esterman, Lowenbruck, Morrel, etc) avec succés. En revanche on parle peu des séries télévisées françaises des années 60 et 70, de l'ORTF, qui ont joué à fond la cartedu mystère et de l'ésotérisme et qui ont connu un succès populaire. A l'époque, la production était moins standardisée et on ne diffusait pas des clones en série de Navarro, Julie Lescaut et autres femmes d'honneur. Les scénaristes n'hésitaient pas à sortir des sentiers battus et proposaient des intrigues foisonnantes à souhait.

Pour ma part, je pense que mon goût pour les polars ésotériques vient de cette période et en particulier du choc que j'ai éprouvé quand j'ai vu pour la première fois le feuilleton Belphégor à la télévision.
Un coup de feu claque, une sirène se déclenche, la statue d'un dieu égyptien dans le noir... Le musée du Louvre est en émoi, un fantôme (Juliette Greco) hante les murs à la recherche d'un secret perdu. Un jeune journaliste, Yves Régnier, affronte un mystérieux personnage qui veut mettre la main sur le secret de la société secrète des Rose-Croix.
Trop jeune lors de la première diffusion en 1965, j'avais deux ans, je l'ai découvert lors d'une rediffusion et j'étais à la fois terrifié par le masque du fantôme et fasciné par cette histoire de société secrète et de mystère, une sorte de conte de fée pour adultes.
On a peine à l'imaginer, mais à l'époque, la France entière était scotchée devant le poste pour savoir qui était le fantôme. On disait même aux gosses, « sois sage sinon Belphégor viendra te chercher »... J'ai revu récemment la série et le charme, certes un peu suranné, opère toujours, les acteurs ont des « gueules », l'ambiance est ténébreuse à souhait et cette version reste toujours largement supérieure à sa pale copie cinématographique produite pour le cinéma, avec Fréderic Diefenthal et Sophie Marceau.

Ah Juliette Greco et son double entrant en transe devant la statue irradiante de Belphegor, son regard troublant à travers le masque de cuir... Le personnage du méchant sardonique joué par le grand acteur que fut François Chaumette. Comme le feuilleton était divisé en épisodes d'un quart d'heure, la frustration était à son comble pour attendre la suite En 1969, je crois, j'ai entendu parler pour la première fois du trésor des templiers dans une série,
les « Galapiats, le trésor du château sans nom » écrit par Pierre Gaspard-huit. Une bande de copains partait à la recherche du fameux trésor dans les Ardennes avec l'aide d'un historien Château, souterrains, ruines, trésor légendaire, poursuites échevelées, etc rien n'y manquait.
Templiers toujours avec le monumental « Rois Maudits », de Maurice Druon. Bien que l'histoire n'ait rien d'ésotérique, il a forgé dans l'inconscient de millions de Français l'image tragique des Chevaliers du Temple. « Roi Philippe, Pape Clément ! Maudits, soyez maudits jusqu'à la 13ème génération... » La scène du bûcher sur lequel le grand-maître des Templiers Jacques de Molay, profère sa malédiction me fichait une trouille bleue et m'a poussé à l'époque à dévorer les ouvrages et les numéros spéciaux d'Historia et Historama sur les Templiers, leur trésor, leur puissance, leurs secrets. Templiers encore avec la série réalisée par Georges Franju, « L'homme sans visage », ou les « Nuits rouges », pour sa version cinéma. L'intrigue ? Un émule de Fantomas, le visage recouvert d'une cagoule rouge veut mettre la main sur le trésor des Templiers enfoui dans Paris. Il lève une armée de robots humains et affronte les descendants du Temple et leurs commandos qui rodent dans les catacombes. C'était kitsch, limite série B, et pourtant je trouvais ça fascinant. L'ORTF aimait les histoires de comploteurs cagoulés. « Les compagnons de Baâl », par exemple. Une société secrète d'adorateurs du diable qui élimine un à un les patrons de la pègre parisienne afin de diriger un empire du crime. Ils pratiquent leurs rites dans les catacombes, assassinent à qui mieux mieux, leur grand maître est psychopathe à souhait, change de visage tous les deux épisodes et le héros est un journaliste qui a bien du mal à convaincre la police de l'existence des compagnons de Baâl. Une autre société secrète, cette fois plus ésotérique que maléfique, avec les « Compagnons d'Eleusis », d'Alain Page. Une mystérieuse organisation écoule en plein Paris des lingots d'or. Le héros, toujours un journaliste, tombait amoureux d'une antiquaire immortelle qui avait retrouvé le secret de Nicolas Flamel. Face à eux, une autre société secrète luttait pour préserver le secret. Si le téléfilm n'est pas disponible en DVD, l'année dernière, le livre « le secret des compagnons d'Eleusis », est paru aux Editions du Rocher. Les ressorts sont souvent les mêmes. Une société secrète cherche ou trouve un secret, veut asseoir sa puissance, un héros devient le grain de sable et fait exploser ce qui s'assimile souvent à une conspiration. Il suffit de remplacer les compagnons par l'Opus Dei ou les descendants des Templiers et les intrigues peuvent prendre toutes les variantes possibles.

J'imagine que beaucoup de mômes qui ont regardé la télévision à cette époque ont été marqués par ces téléfilms à l'ambiance mystérieuse et souvent poétique. Adultes, on en garde une nostalgie amusée avec au fond la secrète envie de les revoir pour savoir si le charme opère à nouveau.
On pourrait citer aussi « l'île aux trente cercueils », « la poupée sanglante » ou « la brigade des maléfices » qui jouaient aussi la carte du réalisme fantastique très en vogue à cette époque.
Et puis comme il faut parler un peu de franc-maçonnerie sur ce site, sachez que le feuilleton « La brigade des maléfices », sorte de X-Files à la sauce bien française, mettait en scène un flic joué par un certain Leo Campion, chansonnier mais aussi maçon de très haut niveau, 33ème degré du Grand Orient, et dont la mémoire reste très vive dans certaines loges parisiennes qui pratiquent un rite en argot... Pour finir sur Belphégor, somme toute, la vraie question à se poser et si après tout ce feuilleton mythique n'avait semé dans la tête d'un môme de huit ans les graines de l'intrigue ésotérique. C'est du moins l'explication de l'auteur profane de ce texte qui fait partie de ceux que l'on appelle les « enfants de la télé », et plus précisément de Belphégor.

Eric Giacometti



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